David et Madame Hansen – Un premier film réussi.

Quand on apprécie quelqu’un, c’est toujours avec une certaine appréhension qu’on attend sa prochaine oeuvre, d’autant plus quand celle-ci est un premier film. C’est donc avec une certaine angoisse que j’ai vu le premier film d’Alexandre Astier, David et Madame Hansen. Angoisse amplifiée par le fait que je ne sois pas particulièrement fan de l’actrice principale qu’il avait choisi : Isabelle Adjani.

Mme Hansen est hospitalisée dans une clinique psychiatrique en Suisse parce qu’elle est atteinte d’amnésies passagères (et aussi de canitie post-traumatique : les cheveux qui blanchissent d‘un coup). David, ergothérapeute qui vient juste d’arriver dans la clinique va devoir l’emmener s’acheter des chaussures. Evidemment, le voyage va les emmener plus loin…

Je vous rassure, je suis ressortie plutôt ravie de la salle de cinéma même si le regard que j’ai porté sur le film n’est à mon avis pas celui que j’aurais eu si je n’avais pas été fan de Kaamelott.

Si j’avais été une personne lambda, j’aurai pu vous parler du rythme particulier du film qui permet une plongée profonde dans les personnages et leurs relations. J’aurai pu vous parler de l’humour très présent malgré la gravité du thème et du choix judicieux de ne pas tomber dans le pathos (parce que les films où on cherche à te faire chialer à tout prix je déteste ça. Clint Eastwood si tu m’entends, elle est pour toi celle-là). J’aurai pu vous parler de la justesse du jeu des comédiens et de cette merveilleuse scène au fond de la piscine qui n’est absolument pas une référence à la chanson d’Adjani. J’aurai pu simplement vous parler des seconds rôles, particulièrement sympathiques J’aurai pu me plaindre un peu de la lumière parfois manquante et de la musique trop jazzy à mon gout.

Mais, voilà, j’ai tellement vu Kaamelott, que c’est une part de ma vie aujourd’hui. Mon humour, mon analyse sont influencées par cette série. Alors quand l’auteur est le même, je ne peux m’empêcher de faire le lien entre les différentes œuvres. Et ici, les ressemblances sont assez troublantes.

Attention, risque de spoiler les personnes qui n’ont pas encore vu Kaamelott et particulièrement les livres V et VI (ce qui est très mal).

Des obsessions récurrentes (ouh, le vilain pléonasme)

Alexandre Astier a certaines obsessions qui ressortent particulièrement dans ses œuvres. J’ai été frappé par la ressemblance entre le film et le livre VI de Kaamelott. Mme Hansen-Bergmann est particulièrement capricieuse et abuse de sa situation pour faire tourner David en bourrique, quitte à piquer des colères pour obtenir ce qu’elle veut. Impossible ici de ne pas penser au livre VI de Kaamelott et au passage où Arthur accompagne Cesar au marché. Ce dernier comme Mme Hansen est frappé par un handicap (la vieillesse pour l’un, l’amnésie pour l’autre) dont il se sert pour obtenir ce dont il a besoin. Arthur/David, accepte de s’y plie, quitte à se mettre dans des situations difficiles, ce passage lui servant aussi de rite lui permettant de progresser. Se battre pour la dignité des plus faibles

Spoiler film/Livre V (même si on le devine très facilement)

Le deuil de l’enfant est au cœur du film. Seul un tel drame a pu choquer Mme Hansen. Deuil que dois aussi subir Arthur dans le livre V quand il constate qu’il ne pourra jamais être pere, ce qui le pousse au suicide.

Fin du Spoiler Film/Livre V

La nourriture est particulièrement présente aussi. Scènes à table, glace, Starbuck (dans une aire d’autoroute?!?). Le grignotage et les repas tiennent une place importante dans Kaamelott et on retrouve cette obsession pour la bonne chère dans David et Mme Hansen. Une façon d’ancrer les scènes dans la réalité probablement.

Un Astier Burger du Linvigstone?

Pareillement, les voitures jouent un rôle important dans le film. Ici, pas vraiment de lien avec Kaamelott, mais Alexandre Astier a souvent parlé de son amour pour les belles voitures (de kéké avoue-t-il parfois) et de la vitesse.

Fin du risque de Spoiler Kaamelott

Une écriture sur-mesure

La grande force d’Alexandre Astier, c’est son amour des comédiens. Et quoi de mieux pour un comédien qu’un texte écrit sur mesure? Le texte est écrit en fonction des personnes qui vont incarner le personnage. Initialement, le rôle principal devait être incarné par Alain Delon mais celui-ci s’est retiré à la dernière minute faisant tomber tout le projet à l’eau. Mais loin de se laisser abattre, Alexandre Astier a convaincu Isabelle Adjani d’incarner le personnage principal et a donc réécrit intégralement le film en conséquence. Résultat, le texte colle complètement aux personnages, le jeu des comédiens est particulièrement juste et parlent « vrai ». Les répliques sont d’autant plus efficaces qu’elles sont totalement incarnées par leurs interprètes. chose qu’on retrouvait déjà dans Kaamelott.

Des seconds rôles au taquet

Oui, Adjani est très bonne. Oui, Alexandre Astier est superbe, mais la force du film repose sur ses seconds rôles. Tous ont une vraie personnalité qui se ressent au-delà de leurs quelques répliques. Coup de cœur tout particulier pour Jean-Charles Simon qui incarne le docteur Reiner, personnage lunaire à souhait.

Un traitement du drame particulier

Pour Alexandre Astier, le rire ne s’exprime jamais aussi bien que dans le drame Le rire pour le rire, c’est pas son truc. Dans toutes ses œuvres connues à ce jour (Kaamelott mais aussi Que ma joie demeure) l’humour d’Alexandre Astier s’exprime sur fond d’histoire triste, un peu comme dans la vraie vie. Et ça marche particulièrement, l’œuvre prend une autre ampleur tout autre. Parce qu’au fond ce qui compte c’est l’histoire avant tout.

Et l’histoire de David et Madame Hansen, aussi simple qu’elle soit, est très joliment racontée et vaut vraiment le détour.

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Mélanie

David et Madame Hansen, un film de Alexandre Astier avec Isabelle Adjani, Alexandre Astier

Sortie DVD/Blu-Ray: le 16 janvier 2013

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2 commentaires pour David et Madame Hansen – Un premier film réussi.

  1. yeles dit :

    Je l’attendais cette critique. J’ai beaucoup aimé ce film très touchant et en même temps si drôle. Adjani, qui m’avait déjà émue aux larmes dans « La journée de la jupe », incarne une Mme Hansen parfaite, directe, capricieuse, écorchée vive. Elle n’est jamais aussi belle que dans la folie douloureuse.
    Dans les points de comparaison possibles avec Kaamelott, la scène qui m’a le plus frappée, c’est celle du lit… Visiblement, Alexandre Astier aime les conversations d’avant dodo🙂
    Personnellement, j’ai énormément apprécié la musique du film, la mélodie au piano m’a hantée un certain temps après la séance (bon, la BO de ParaNorman est venue la remplacer… mais c’est bien parce qu’il n’y a pas encore d’album sorti pour celle du film d’Alexandre Astier.)

    Pour ce qui est du Starbuck dans l’aire d’autoroute… on est en Suisse, ils ont peut-être cet avantage là (faudra que je demande à mon ex-mari ^^)

  2. pépito dit :

    Tu es la deuxième à vanter ce film en 2 jours, je me dis que ça fait beaucoup (surtout quand on voit ce qui sort en ce moment au ciné et donne envie d’aller plutôt à la piscine, sans référence à la chanson de)…

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