The Artist : un bijou en noir et blanc où le silence est d’or…

Mercredi 12 octobre, 10h00 pile, la première à prendre ma place. J’avais malheureusement loupé l’avant-première, hors de question d’attendre plus. Ceux qui me connaissent un peu savent que noir et blanc, vieux film, claquettes, années « 30 », c’est ma came ! Alors réussir le challenge de tourner un film entièrement muet au cœur des studios hollywoodiens, ça ne pouvait que me faire trépigner d’impatience. Beau pari de la part de Michel Hazanavicius (je l’ai découvert aux côtés des Nuls sur Europe 1 en 1995 ^^) qui pourtant, aura mis près de 20 ans à voir son rêve sur grand écran. Aucun producteur ne voulait prendre le risque. Il a fallu attendre Thomas Langmann et sa grosse machinerie. Et là, tout prend de l’ampleur. Los Angeles accueille l’équipe, et de grands noms américains entendent parler de ce projet fou et hors du temps. Ainsi, John Goodman (The Big Lebowski, O’Brother…), Penelop Ann Miller, James Cromwell (Urgences, Babe…) et Malcom Macdowell (cultissime dans Orange mécanique) se retrouvent au casting avec l’envie de participer au truc le plus osé (pour moi😉 ) de ces dernières années.

John Goodman, en producteur intraitable en affaire...

1927 : George Valentin, « the Artist », est au sommet de sa gloire. Cabotin, charmeur, mufle, héros d’un cinéma muet, physique et d’émotion, il vit de sa célébrité, orgueilleux au point de ne pas voir la chute arriver. 1929 : les producteurs misent sur le « parlant » et ont besoin de chair fraîche à mettre sur la bobine…

La scène d’ouverture est grandiose : le film dont George est le héros est projeté dans un luxueux cinéma. L’orchestre joue en direct les musiques, véritables conteuses du film projeté. Celui-ci n’est rien de moins qu’un hommage généreux aux films de l’époque. Je sais déjà que je vais passer un moment exceptionnel. J’espère quand même que les registres vont tous être exploités, car deux heures juste sur le charme du cabotinage, je risque d’être lassée. Et bien sans dévoiler le tout, ce film n’est pas uniquement une contemplation nostalgique d’un passé révolu. Le scénario revient sur la transformation majeure du cinéma en 1927, avec l’arrivée du parlant dans « The jazz singer », et sur les bouleversements que cela implique pour les comédiens de l’époque. Le dilemme se pose d’avancer avec le progrès, même en ayant l’impression de ne plus « incarner » un personnage, ou de faire l’autruche et creuser sa tombe. Une fois de plus, la logique économique fonctionne à plein : les gloires adulées la veille ne sont plus que de pathétiques inconnus, et les jeunes premiers poussent dans l’oubli leurs idoles. S’ajoutent à ça, le climat de l’époque et la Grande Dépression de 1929 à peine suggérés. C’est intelligent, sur l’émotion de la déchéance du personnage principal, porté aussi par d’excellents seconds rôles fins et outranciers quand il le faut.

De la gloire à la déchéance, George Valentin...

Peppy, femme passionnée...

Et l’histoire d’amour dans tout ça ? Elle est introduite de manière légère et comique, se teintant au fur et à mesure de la couleur des émotions des deux personnages. Plus profonde, plus sombre, elle gagne en force et en complexité. Peppy (Bérénice Béjo) n’aura de cesse de sauver George de lui-même et de ses démons. Alors pour ceux qui auraient peur de voir quelque chose de poussiéreux, je dirai bien que la trame amoureuse est la touche contemporaine de ce film. L’inversion des rapports de force (Peppy, femme devenant forte et charmeuse, en miroir d’un George orgueilleux et désespéré) est très moderne. Comme cela insuffle du dynamisme et du rythme, je trouve ce parti-pris intéressant pour rester à la portée d’un large public. Et franchement, ce n’est pas bien grave si les femmes ne reprennent pas leurs rôles de cruches apathiques de l’époque😉.

Parlant de rythme, la musique est un pilier de cette réussite. Un grand bravo à Ludovic Bource, complice depuis de nombreuses années de Michel Hazanavicius. Il réussit le tour de force de nous faire penser que ce sont des thèmes de l’époque, qui ont été réenregistrés. Jazz, comédie musicale, mais aussi plus classique (Ravel, Debussy…), ses inspirations ont été nombreuses. La BO est une merveille !

Un air du mythique couple Ginger/Fred...non?

Je termine par le casting des deux personnages principaux : Jean Dujardin (George Valentin) et Bérénice Béjo (Peppy Miller). Im-pec-ca-ble ! Les deux rôles ont été écrits pour eux, et ça se sent à l’écran. J’admire le tour de force de laisser ce que l’on sait faire depuis des années, à savoir interpréter un personnage dont la parole porte 50 % du rôle. Abandonner ses réflexes pour incarner uniquement physiquement des rôles forts doit être aussi palpitant qu’insécurisant. Autant demander à un neurochirurgien de pratiquer une trépanation sans assistance au milieu du désert. A mon sens, le prix masculin d’interprétation à Cannes de Jean Dujardin est amplement mérité. Trouvant son inspiration du côté de Douglas Fairbanks, acteur muet du début du 20ème siècles, il enfile un costume parfaitement taillé sur mesure.  Je n’ai aucune qualification pour juger, si ce n’est les émotions que j’ai ressenties dans cette salle obscure, et la larmouille légère à la fin de la projection.

Michel Hazanavicius et son duo glamour à Cannes

Et pour finir de vous convaincre, regardez la bande-annonce. Pour une fois, elle joue un vrai rôle d’accroche, sans tout révéler…

The End

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Roseline

The artist: réalisé par Michel Hazanavicius, avec Bérénice Béjo, Jean Dujardin, John Goodman, Penelop Ann Miller… sortie DVD/Blu-ray: 14 mars 2012

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4 commentaires pour The Artist : un bijou en noir et blanc où le silence est d’or…

  1. Beaucoup aimé le film. Je n’avais pas saisi la modernité du rapport amoureux, merci d’avoir ajuster l’angle. J’avoue que ça va être une découverte pour beaucoup, j’ai été moins sensible sur la durée (certainement parce que j’en ai vu énormément de « silent movie » – je me prépare à voir « Les Rapaces » de Stroheim, honteusement ignoré des éditeurs de DVD) et que lors de la séquence onirique où Dujardin se rend compte que les sons envahissent son univers, j’ai eu un enthousiasme comme jamais… J’imaginais un autre film qui jouerait sur ce rapport au son (Vieux truc d’Hazavanicius qui déjà, avec « le Grand Détournement » avait compris l’importance du bruitages, du doublage, du respect des mouvements labiaux – « Une BOOOnne AubEEEErge ! »). Autre petit inconvénient, la reprise du « Love Théme » de « Vertigo »/ »Sueur Froide » d’Hitchcock qui m’a fait sortir du film car je voyait les images du Hitchcock au lieu de me concentrer sur la scène pivot de « The Artist »… Si ça te dit de faire un dossier à quatre mains lors de la sortie DVD qui aura lieu en février (déjà annoncé pour que les américains puisse le voir avant les oscars), je suis partant…

    • Roseline dit :

      Alors, je rappelle un point de détail mais qui a son importance parfois: je suis une FILLE! ^^ Du coup, ça aide un chouilla pour le rapport homme/femme inversé à mon sens. Pareil sur l’émotion en continue. J’ai pris le parti de ne pas parler des scène fortes qui m’ont marquée pour que chacun est le plaisir de la découverte. Celle que tu décris et celle dans le resto m’ont fait forte impression ainsi que le tête à tête de Peppy avec cette veste…^^ Merci pour la proposition, faut juste savoir qu’à côté de toi, cher canapé, j’ai toute une culture à me faire, des concepts et de la technique cinématographique à acquérir…je ne parle que de ce que je ressens ou de ce que je peux analyser comme dans un texte littéraire…Il me manque tout un monde de connaissances. Voilà, tu es prévenu😀

  2. jc dit :

    verdictce soir à 20 heures pour nous !

Alors, vous en pensez quoi? ;)

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