La Page Blanche – Pénélope Bagieu, Boulet

Lors d’un précédent article, je vous parlais de mes difficultés avec l’assimilation auteur de BD femme = bd girly. Avec La Page Blanche, Pénélope Bagieu montre qu’on peut être une fille et faire de la bd, sans pour autant virer girly, tout en ayant une vraie histoire. Mais, Pénélope Bagieu ne s’est pas lancée seule dans cette aventure. C’est accompagnée du plus que talentueux Boulet qu’elle nous raconte l’histoire d’Eloïse.

Eloïse ne sait pas qu’elle s’appelle Eloïse. Elle ne sait plus qui elle est d’ailleurs, ni même où elle habite. Elle est juste assise sur ce banc à essayer de se souvenir. Alors, elle va tenter de se rappeler, qui elle est d’abord mais surtout pourquoi elle a oublié.

L’idée de base est simple et a probablement déjà été utilisée dans tout type de médias. Ici, on suit Eloïse dans la recherche de son identité. On n’en sait pas plus qu’elle, ce qui permet une identification totale à son personnage.

Mais finalement est-ce une bonne idée ?

Spoilers (enfin un peu) :

En même temps qu’Eloïse, on s’imagine énormément de choses. Et quand on est comme moi, notre imagination va encore plus loin que celle des auteurs. Résultat, quand on découvre la réponse à nos interrogations (et en l’espèce, l’absence de réponses plutôt) on a tendance à être un peu frustré. J’ai eu la drôle d’impression de rester sur ma faim quand j’ai refermé le livre. J’ai même pensé que c’était une porte ouverte pour une suite.

Faut dire que j’ai eu tendance à dévorer le livre pour en connaître la fin. J’ai bâclé ma lecture pour connaître l’apogée, résultat c’est retombé comme un soufflé.

Et puis, j’ai rouvert le livre et je l’ai recommencé en prenant plus mon temps cette fois-ci, m’attardant sur les cases, les émotions, les jeux de couleurs. Et j’ai compris. Les auteurs ont voulu raconter une histoire vraie. Et parfois dans la vraie vie, l’histoire n’a pas de fin, où une fin décevante. Parfois, la fin existe, mais on ne la connaît pas. La page blanche, ce n’est pas seulement la métaphore de l’oubli, c’est la page qu’on ne lira pas, celle qui se passe après la fin justement. Celle sur laquelle on peut nous-même écrire. Cette page sur laquelle Eloïse décide de repartir finalement.

Et je me suis dit que tout compte fait, c’était non seulement un très bon livre mais que la fin était parfaitement trouvée.

/Spoilers.

La Page blanche se révèle être une très jolie plongée réaliste dans l’univers de l’amnésie. Boulet (qui est au scénario je vous le rappelle) s’est renseigné auprès de médecins pour vérifier la véracité de son propos. L’intrigue se passant en partie dans un « fournisseur culturel » (genre une Fnac ou un Virgin en fait), il a également poussé le professionnalisme à interroger des libraires pour connaître la réalité du métier de conseiller en vente-livres, ce qui donne lieu à des passages très drôles et désespérants ! J’ai aussi beaucoup ri en voyant à quel point l’imagination d’Eloïse pouvait être fertile.

Au niveau du dessin, je dois avouer que, de prime abord,  j’ai été un peu déçue que Boulet ne s’y soit pas collé. J’aime beaucoup le trait de Pénélope Bagieu mais il me semble assez simple, surtout à côté de celui de Boulet. Et puis, soyons honnête, Boulet fait partie de ma top-liste des dessinateurs de BD. Finalement, on se laisse prendre par le trait simple mais efficace de Pénélope Bagieu. Certaines cases sont très contemplatives, et on prend plaisir à s’y attarder.  La force du dessin vient principalement de la très belle utilisation des couleurs, et notamment des « filtres » (comme si on avait des lunettes rouges par exemple, j’utilise les mots que je veux d’abord).

 

Alors finalement, La Page Blanche, est-ce un indispensable de la bibliothèque ?

Malheureusement, je n’ai pas eu de coup de cœur immédiat pour cette BD. Néanmoins, j’ai très envie de la conseiller. Déjà pour l’histoire qui se révèle très sympathique, faute d’être transcendante. Ensuite pour le dessin de Pénélope Bagieu qui a joliment évolué depuis ses débuts. Enfin pour les multiples sens de lecture, parce que la BD est porteuse d’un message fort (à vouloir rentrer dans le moule et être quelqu’un, on finit par devenir un inconnu interchangeable). A emprunter à la bibliothèque ou à se faire offrir (ou à offrir d’ailleurs).

 

Envie de vous faire un avis par vous-même avant même d’acheter le livre ?  Boulet et Pénélope sont tellement gentils qu’ils vous proposent de lire le premier chapitre du livre. http://www.bouletcorp.com/blog/2012/01/18/la-page-blanche/

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Mélanie

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2 commentaires pour La Page Blanche – Pénélope Bagieu, Boulet

  1. Carla Popp dit :

    J’ai lu ce livre exactement de la même manière que toi sauf que je ne l’ai jamais relu pour comprendre la chute. Je suis, tout comme toi, restée sur ma fin malheureusement… Je m’attendais tellement à quelque chose d’hallucinant que j’ai été fort déçue. Qu’as-tu compris alors ? Ton point de vue m’intéresse 🙂
    Bises,

    Carla.

    • Merci de ton retour. Contente de voir que je ne suis pas la seule a avoir été déçue par la tournure du livre, même si ma deuxième impression est plus encourageante.

      Spoilers pour ceux qui n’ont pas lu le livre (ne lisez pas ce commentaire!):

      La cause de l’amnésie d’Éloïse n’est pas trouvée. Probablement un refoulement inconcscient mais volontaire. A force de vouloir comprendre comment et pourquoi elle avait oublié, elle s’est rendue compte qu’elle n’était personne. Juste un copier-coller d’avis, de gouts des autres. Rien ne lui tenait à coeur, elle n’avait aucune passion, aucune véritable envie. Elle était une semblable à tant d’autres. Elle avait tant fait pour ressembler aux autres, être acceptée par eux, rentrer dans le moule qu’elle a oublié d’exister. Finalement, se rendant compte de cela, Eloïse, la nouvelle Eloïse (tient ça renvoie à un bouquin de Rousseau, qui selon wiki aborde le thème de l’authenticité et l’identité profonde, mais c’ets peut-être juste un hasard et j’ai pas lu ce livre), décide de faire table rase du passé et de partir sur cette nouvelle chance qui lui est donné. D’écrire sur cette page blanche et de devenir enfin elle même.

      Je pense que le message du livre c’est qu’à vouloir rentrer dans le moule; on oublie d’être soi-même. Mais dit comme ça, ça fait un peu gnan-gnan.

Alors, vous en pensez quoi? ;)

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