Exposition Berenice Abbott : Changing New York

Oui, je prends vraiment goût aux expos photos. Ça touche quelque chose en moi que je n’aurais pas soupçonné. Alors, quand le Jeu de Paume de Paris (et Bliss de l’excellent blog Bliss in the city) parle d’une photographe américaine, ayant posé son appareil un peu partout dans New York dans les années 30, pour témoigner des mutations de cette ville, j’y vais. Déjà, le Jeu de Paume m‘avait séduite pour l’expo Diane Arbus. Vraiment un lieu parfait pour se plonger dans le travail d’un photographe. Salles ouvertes mais suffisamment découpées pour ne pas avoir l’impression de visiter un hangar, de jolis angles, une lumière tamisée. Et même les jours d’affluence comme vendredi dernier, la file d’attente est très bien gérée. Une fois entré, on a tout à fait le temps et la place de profiter.

Rassurez-vous, moi non plus Berenice Abbott (1898-1991) je ne la connaissais pas. Je me fais ma culture en même temps que vous. Américaine, elle débarque en France, à Paris, dans les années 20. Assistante de Man Ray (photographe, peintre, réalisateur et acteur), elle monte dès 1926 son studio. Portraitiste, elle aime jouer sur les poses, les coupes ultracourtes des femmes, la mascarade et les déguisements. Jean Cocteau et James Joyce (poète irlandais), entre autres, se prêteront avec plaisir à ses mises en scène.

Berenice Abbott

Jean Cocteau

Au carrefour de Boradway et de la 5ème avenue. Vertigineux!

Son exil à Paris aura un effet inattendu sur ses projets. En vacances à New York en 1929, elle découvre enfin la nature et la beauté de cette ville, au point de revenir s’y installer avec un projet un peu dingue pour l’époque : témoigner des mutations majeures de cette ville avec la construction en masse des buildings, côtoyant le vieux New-York, celui de Gangs of New York de Martin Scorcese (2002) (oui, je le cite souvent mais c’est une référence majeure en matière de réalisme de décors, de la fin du 19ème). Son projet est reçu avec enthousiasme par le musée de la ville et la Société d’histoire, mais on est en plein dans la Grande Dépression (le krach date d’octobre 1929 pour ceux qui se demandent). L’argent est mis ailleurs que dans des projets artistiques. Mais, la dame est tenace et se lance néanmoins. Ça finira par payer en 1935, où elle trouve enfin le soutien du Federal Art project de la Work Progress, administration du New Deal. Wahoo, mon article commence à ressembler un cours d’histoire de 3ème ! Bref, le projet se nomme Changing New York : sur 350 clichés, 80 tirages sont proposés pour comprendre l’intérêt de mettre en avant les changements de cette ville, au regard de l’ancien. Un livre paraîtra enfin sous ce titre en 1939. Entre documentaire et travail personnel sur l’esthétisme de l’urbanisation, j’ai adoré me plonger dans les vues des hauts des buildings ou accrocher mon regard aux détails d’une scène de vie de Brooklyn. Un bonheur en noir et blanc d’un temps qui semble arrêté et pourtant si vivant.

Les lumières de la ville...

Suivent dans les années 50 deux voyages à travers l’est du pays à la rencontre de petites villes ou villages. Scène américaine revient sur ces road trips à la rencontre des petites gens et de leurs bouts de terre, bien loin des lumières de Broadway…

Une casse quelque part en Floride...

Un dimanche dans le Mississipi...

Berenice Abbott enseignait aussi la photographie. Son côté pédagogue séduisit le MIT, en panique après le lancement de Spoutnik pas les russes en 1957. Une des préoccupations pendant cette course à l’espace est de former une jeune élite en sciences. Mademoiselle Abbott est donc chargée d’illustrer des manuels scolaires scientifiques du secondaire avec des photos mettant en évidence des concepts techniques simples. La patrie a besoin de vous, Berenice !

Voilà, quatre moments de sa vie d’artiste, tous passionnants. Je ne peux que vous recommander cette expo. L’impression de toucher d’un peu plus près et surtout avec plus de vérité, ce jeune pays, au-delà de son rêve…

Rendez-vous sur Hellocoton !

Roseline

Exposition Berenice Abbott, Jeu de Paume de Paris
21 février – 29 avril 2012 : 11h/19h, nocturne le mardi 21h, fermé le lundi
Tarif : 8.50 €
Tarif réduit : 5.50 €

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