Avenue Q – La rue qui déchire en chanson

Il semble que ce soit officiel, les comédies musicales sont redevenues à la mode. Les français ayant compris qu’il y avait un filon à exploiter notamment en adaptant les spectacles de qualité que l’on peut trouver à Broadway ou sur le West End Londonien.

Cet engouement pour les comédies musicales a conduit à voir apparaître de nombreuses adaptations de plus ou moins bonne qualité dans les théâtres parisiens. Parmi elles, Avenue Q.

Avenue Q est une comédie musicale toute particulière parce que les personnages principaux sont des marionnettes. Et là tout de suite, dans votre tête vous faites l’équation marionnettes = spectacle pour enfants. Et là, vous emmenez vos enfants voir le spectacle. Et vous en ressortirez avec des milliers de choses à expliquer à vos enfants que vous n’auriez jamais voulu aborder avec eux. Non, avenue Q n’est pas un spectacle pour enfants. Au contraire. Il s’agit d’un spectacle qui effectivement parodie une émission de télé pour enfant (la merveilleuse 1 rue Sésame) pour jouer avec les clichés et tous les thèmes interdits par le moralement correct.

L’avenue Q, c’est la rue où habitent les personnages que nous allons suivre. Princeton, jeune surdiplômé vient s’y installer parce que l’avenue A était trop chère, l’avenue b était très chère, si bien que la seule chose qu’il ait pu se payer c’est un appart sur l’avenue Q. On y retrouve donc des personnages qui, sans être complètement hors de la société, sont quand même bien en galère. Kate Monster est maîtresse assistante qui n’aspire qu’à une chose : trouver l’amour. Brian est un comédien qui n’arrive même pas à cachetonner en couple avec Tatami, immigrée japonaise psychiatre, sans une once de psychologie.  Trekkie Monster est lui addict au porno alors que Rod et Nicky sont deux colocataires (l’un étant un homo refoulé, l’autre un glandeur assumé). On retrouve aussi Willy, de Arnold et Willy qui s’est reconvertie dans le gardiennage.

Des amis pourris, on en a tous. Mais ceux-là, on les calînerait bien

Quand on entre dans la salle de Bobino, on est impressionné par le décor présent sur scène. L’avenue Q a été reproduite sur scène (du moins en partie). Le décor est assez imposant et impressionnant. Premier bon présage, il semble qu’ils aient mis les moyens financiers nécessaires. La scène est occupée, on évite le côté cheap et vide de la scène qu’on a pu retrouver avec Hairspray ou Frankenstein Junior (qui étaient tout de même de superbes spectacles, surtout le dernier).

Trekkie Monster, le drôle de cousin de Cookie

Le spectacle commence sur deux écrans avec un générique. On est vraiment dans une parodie de rue Sésame. Cette référence se retrouve à de nombreuses reprises : dans les costumes, les façons de jouer ou encore la façon de traiter chaque chanson. Le début est un peu perturbant. On a besoin de quelques minutes pour rentrer complètement dans le show. C’est un peu compliqué de savoir s’il faut regarder la marionnette ou le comédien. Car oui, le comédien qui manipule la marionnette et chante, est sur scène et bien voyant. On alterne un petit peu au début et au bout de quelques minutes, la magie se fait et les deux se mêlent complètement. On est alors complètement happé par le spectacle.

Musicalement, on reste sur la superbe partition originale qui est jouée sur scène par un vrai orchestre. D’ailleurs, il y a une volonté de montrer qu’il s’agit de vrais musiciens et pas d’une bande enregistrée, car la mise en scène les met aussi en avant de très jolies manières. C’est dynamique, on danse sur son siège, on se surprend à chantonner et taper dans les mains.

Le livret quant à lui est également de très bonne qualité. C’est toujours ma grande crainte que de voir l’œuvre originale massacrée au moment de la traduction. L’apriori a ici été particulièrement fort quant la titre français de If you were gay a été annoncé comme s’intitulant à présent Si t’étais pédé. La volonté de Bruno Gaccio (oui, le mec des Guignols qui s’y connait donc en marionnettes) a été de transposer l’esprit du texte au détriment du nombre de pieds. Et finalement, quand on l’entend chanté en vrai sur scène, c’est une évidence. Ce choix de préférer l’esprit du texte au détriment de la traduction et parfois de la musicalité (rassurez vous, seuls les ultras puristes le remarqueront) est finalement une excellente solution.

L’adaptation n’a pas mis de coté le rire. On rit énormément. Et surtout de tout. Rien n’est tabou, ni sâcré. Que j’aime ça ! L’humour n’est pas toujours très fin et parfois un peu graveleux, mais qu’est ce que c’est jouissif !

Lucy la salope. Oui, c'est son nom.

Les comédiens sont une fois encore excellents. Ils chantent à merveille et jouent également très bien en chœur avec leurs marionnettes. Shirel, qui jouait ce soir-là Kate Monster et Lucy la Salope, est impressionnante alternant les deux rôles avec une dextérité et une justesse folle. Mention spéciale également à Alice Lyn, qui m’a scotché à mon siège. A vrai dire, j’aurai pu lister tous les comédiens. L’ensemble est vraiment de très haut niveau.

Enfin, il faut mentionner l’effort qui a été fait pour qu’Avenue Q fonctionne. Publicité, moyens financiers, mise en scène qualité des comédiens et de l’adaptation, rien n’a été laissé au hasard. On trouve même des produits dérivés à la sortie du spectacle (et notamment le scénario) et il semblerait même que le CD en français soit prévu ! Il ne manque que les marionnettes, je serais bien repartie avec un Ours ami pourri ou même Trekkie Monster. Et comme la qualité suit, le bouche à oreille devrait fonctionner et faire du spectacle un joli succès. Qui serait amplement mérité, vu le sourire que j’avais en sortant de la salle.

A voir de toute urgence et uniquement avec des enfants de plus de 12 ans !!!

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Mélanie

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Un commentaire pour Avenue Q – La rue qui déchire en chanson

  1. Romain dit :

    Je l’ai vu jeudi dernier, c’est tous simplement le meilleur spectacle de ce début d’année! Je n’ai jamais autant rigolé devant un spectacle! Shirel m’a impressionné! La dernière fois que je l’avais vu sur scène c’était dans Notre Dame de Paris ou elle jouait Esmeralda… Le moins qu’on puisse dire c’est que ça change! Et tant mieux. Gros coup de coeur pour Alice Lyn qui est tous simplement excellente (je m’en suis toujours pas remis de son « ton ami être pédé qui sert à rien » tellement j’étais mort de rire), en plus elle a une sacré voix!

    Et pour une fois, je n’ai vu aucun enfants dans la salle! L’avertissement de Bruno Gaccio à fonctionné et c’est tant mieux (quand je pense que j’ai vu Sweeney Todd et Cabaret avec des gamins dans la salle… Bravo les parents!)

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