Exposition Diane Arbus : l’univers « Big Fish » de Tim Burton existe, en fait !

« La photographie est un secret sur un secret. Plus elle en dit, moins vous en savez « 

C’est sur cette citation que débute l’exposition Diane Arbus (1923-1971), au Jeu de Paume, à Paris. Encore un lieu inédit pour moi, globe trotteuse depuis peu de ces lieux. Comment je me suis retrouvée face à cette phrase quelque peu énigmatique, même si je sens qu’une vérité se cache derrière ? Les responsables, des affiches dans le métro, avec la photographie de sœurs jumelles un peu flippantes et mes deux bastonneuses préférées (j’ai pas eu le choix, elles étaient super  convaincantes 😉 ) qui voulaient percer, pour vous, le mystère. Prête à affronter des portraits étranges et à croiser le regard de personnages forts et irréels, je m’avance dans une grande salle aux lumières tamisées.

Diane Arbus est américaine et vient à la photographie, par fascination, en 1945. Au début, elle ressent d’ailleurs quelques monstruosités à se livrer ainsi et a le sentiment de prendre quelque chose à ses modèles. Près d’une décennie plus tard, à travailler avec des mannequins, elle cherche quelque chose d’autre. Son ambition : photographier tout le monde. Son travail reflète bien cet état d’esprit. Les organisateurs auraient pu thématiser chaque partie, mais le choix est laissé de créer son propre fil conducteur au gré des salles. A chacun sa petite histoire. J’ai plongé, sans trembler, dans ses clichés au frontière de l’étrange…

Ce qui saute aux yeux au fur et à mesure, c’est la multiplicité de ses intérêts : elle est clairement dans l’empathie constante et s’intéresse à toutes les couches de la société : la famille, les vieux, les ados, les jeunes couples, l’enfance et sa charrette de pitreries. Mais, son péché mignon reste le « hors-normes », de quelques manières que ce soit et les situations burlesques. Burlesque, ai-je dit ? Ça tombe, bien, nous on aime drôlement ça sur le blog. Des portraits des artistes en loge dans les 60 ‘s émaillent le chemin. Et, ça ne se limite pas à ce seul genre scénique. Les cirques à l’ancienne et leur cohorte de freaks  se joignent à ma ballade. C’est passionnant, apeurant, réjouissant. Des trognes comme je n’en avais pas vu depuis  Big Fish  de Tim Burton ( 2003). Aucune moquerie malsaine, on sent un respect et un amour immense de la photographe pour toutes ces personnes.

Quelques clichés de célébrités de l’époque aussi. Notamment une de James Brown en train de défaire sa mise en pli. D’un coup d’œil, on a le sentiment de saisir l’homme et ce qu’il était en dehors de la scène. Tout est là…

Et le voyage se poursuit, entre une coiffeuse et son caniche en peluche, les travestis au petit matin et les camps de nudistes. Rien ne laisse indifférent. C’est l’incarnation du quart d’heure de Gloire de Warhol, avec ce qu’il faut de dérision et/ou de pudeur. A chaque portrait, une histoire jaillit, dans la rue, dans une maison, dans un champ.

Et les clichés d’enfants et d’adultes handicapés investissent petit à petit les murs, avec de la joie, de la curiosité. Ça peut être dérangeant, il ne faut pas se le cacher. Mais tout l‘essentiel est là d’ailleurs : comment regarder ce qui nous paraît monstrueux au sens propre ? Et pourquoi cacher ce qui pourrait déranger ? Diane Arbus dit d’eux qu’ils ont passé le test du traumatisme en naissant ainsi. Ils ne leur restent plus qu’à vivre, comme le montre si bien ces portraits. Elle se veut direct et nomme ses photos avec des légendes très brutes : pas de politiquement correct, elle appelle un chat un chat. Une a retenu mon attention : Fat Girl bawling (grosse fille braillant). Et c’est vrai, on a une môme d’une dizaine d’années et ses gros bras boudinés ouverts vers le ciel, hurlant à plein poumons. Pas de propos consensuels, tout est dit et montré.

J’arrive au bout de la route. Son histoire est alors racontée, passionnante et tragique, un peu comme ses modèles. Une fin de vie chaotique, qu’elle abrègera un matin de juillet 1971. A-t-elle enfin percé le mystère de cette vie qu’elle cherchait sur ses pellicules ? Je lui souhaite d’être aussi paisible que les mamies qu’elle photographiait dans Central Park, au cœur de l’hiver.

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Roseline

Exposition Diane Arbus, au Jeu de paume du 18 octobre 2011 au 5 février 2012 (fermé le lundi)

Paris, 8ème, métro concorde.

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