Exposition Lewis Hine : le vrai goût de l’Amérique…

Lewis Hine: un GRAND petit photographe

Les photos me fascinent depuis petite. Issue d’une génération de communication visuelle, de pub et de télé, ça n’a rien d’étonnant. Mais l’univers même de la photographie, des expos et autres me faisaient l’effet, jusqu’à présent, d’être super sélectif, technique, pointu et inaccessible. Je ne m’y sentais pas forcément à ma place… Du coup auto-censure, et feuilletage vite fait dans mon coin de livres de photos. Mais là, j’ai sauté le pas et je ne le regrette pas. Bon, il fallait un sujet qui m’attire particulièrement… Plongez avec moi dans l’œuvre de Lewis Hine (1874-1940) et la photographie brute et sociale du début du XXème siècle !

J’aime l’Histoire, vous en avez déjà eu un aperçu… Oui, je sais, on ne peut pas toujours cacher ses vices😉. Du coup, quand ça parle d’une de mes périodes fétiches, je galope ! Là, il s’agit de 150 clichés, couvrant les années 1900/1935, principalement aux États-Unis, exposés à la fondation Henri Cartier-Bresson à Paris. Déjà, découvrir le lieu titillait ma curiosité. Au coin de l’impasse Lebouis, je suis surprise de découvrir un petit immeuble aux grandes baies vitrées. Je m’étais imaginée plus grand, moins sur la hauteur (3 étages tout de même !) mais l’espace est agréable, les salles sont de taille moyenne et le monde discipliné et courtois. Pas de souci pour prendre son temps et s’immerger totalement.

Le début de l’expo nous présente bien l’homme et sa motivation. Lewis Hine est venu à la photo un peu par hasard, pendant ses études de sciences. Se prenant au jeu, il se retrouve à Ellis Island, lieu d’arrivée de milliers d’immigrants sur la « Terre Promise ». J’ai beaucoup aimé la lecture de la lettre qu’il adresse à Elizabeth McCausland, en 1938, lui racontant l’expédition que c’était, avec l’imposant matériel dont il disposait. Ce monsieur me fait l’effet d’être « à l’ancienne » pour son époque… Etonnant quand on parle d’un homme appartenant au passé pour nous. Il a continué très longtemps à photographier sur plaques, alors que les pellicules existaient déjà. Bah oui, les vendeurs étaient convainquant et lui, il aimait ça. Cette exposition rend vraiment Lewis Hine attachant et humain.

Chercher du travail quand il n'y a rien...

Drôle aussi, quand il raconte la galère que c’était d’arrêter des groupes d’exilés, emportés par le flot vers le haut des bâtiments d’Ellis Island. Se faire comprendre par gestes, installer le matériel lourd et encombrant, retenir les gens qui ne comprenaient pas trop ce qu’il allait leur arriver… Dans ma tête, je me passais la scène en muet, tel un Buster Keaton (et c’est d’actualité😉 ). Tout à ma scène comique, je me tourne vers les premiers portraits et là… Ça prend direct au cœur : visages et regards implacables, insondables, souvent effarés, amusés parfois : la vie s’incarne devant moi à l’instant même. Je passe du rire au sérieux, et c’est bien fait. Voilà, c’est ça l’œuvre de Hine. Pas de clair/obscur, de la lumière réelle et le tout brut de décoffrage. Les clichés sont relativement petits, les portraits sont resserrés près des visages pour bien capter le regard, et les scènes de travail présentent l’Homme de profil face à l’imposante masse de la matière et des machines. Là où c’est fort, c’est qu’on apprend au final qu’il mettait en scène pour être sûr de faire plus réel que la réalité. Son but : convaincre de la réalité sociale de son temps, faire enfin comprendre que les immigrants n’étaient pas des bêtes, témoigner de la misère des taudis new yorkais ; blancs, noirs, peu importait… Il était en rébellion face à l’écrasante machine capitaliste de son pays, et ne trouvait d’autres moyens que de mettre les gens face aux images. Au cours de sa vie, il glissa d’un thème à l’autre, sans oublier son engagement humain, et termina par rendre hommage aux ouvriers : fourmis harassées, sans qui l’industrie et les buildings ne seraient que fétus de paille…

Ellis island au début du XXème siècle

La machine et l'Homme

Le travail des enfants...

Tout au long de l’expo, vous progressez avec lui : les arrivants d’Ellis Island ; le travail des enfants, les taudis de New York, Pittsburgh, Chicago ; les usines ; la Grande Dépression et le New Deal ; les Noirs américains. Petite incursion en Europe également en 1918/1919, le photographe se sentait concerné par les séquelles de la Grande Guerre sur les peuples. Pour finir sur une note plus légère, la construction de l’Empire State Building (1930/1931) et ses acrobates de l’impossible vous renverront à ces images du début du rêve américain…

Accrobate de l'impossible (1930)

Fastoche, je le fais tous les jours...^^

Ce qu’il me reste de tout ça, deux références cinématographiques : pour moi, visuellement, c’est le prolongement chronologique de Gang of New York de Martin Scorsese (2002), associé à la scène d’ouverture de Titanic de James Cameron (1998), où l’on découvre les images filmées du départ du paquebot des côtes européennes. Cette lenteur sépia si vivante et si poignante se retrouve dans les clichés de Hine.

Gang of New York (M. Scorsese 2002)

Titanic (J.Cameron 1998)

Roseline

Exposition Lewis Hine, du 7 septembre au 18 décembre 2011
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis 75014 Paris
Métro Gaîté (13) ou Edgar Quinet (6)
Entrée : 6 euros plein tarif

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Un commentaire pour Exposition Lewis Hine : le vrai goût de l’Amérique…

  1. goupixg6 dit :

    J’en ai pensé que ce sont de très belles photos

Alors, vous en pensez quoi? ;)

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