La Taupe : l’anti-James Bond

*Et pourtant, on peut aimer les deux sans problèmes…Trust me !*

Une bande annonce à tomber, qui nous plonge au cœur des services secrets anglais dans les 70’s, une taupe à débusquer, des passes d’arme dans les dialogues…Ca a retenu mon attention. Et rien que le nom de Gary Oldman me suffisait.

1973, George Smiley (Gary Oldman) est remercié par les dirigeants des services secrets britanniques. Pour peu de temps, en vérité. Il sera sollicité pour débusquer La Taupe, infiltrée par le KGB. Mythe russe ? Réalité ? Manipulation anglaise ou américaine ? Contre-espionnage ? Il ne peut compter que sur lui (et Peter Guillam, joué par Benedict Cumberbatch) pour percer à jour ses anciens collègues…

Je ne vais pas vous le cacher, j’arrivais pleine d’envie (très fatiguée aussi, faut pas pour ce film) et les 30 premières minutes ne m’ont pourtant pas accrochées. La raison : j’étais perdue et ne comprenais pas grand choses. Beaucoup de personnages à peine présentés, une narration qui inclut des flashbacks à tout va, sans savoir que ça en était. J’étais à deux doigts de lâcher l’affaire. « Alors pourquoi nous en parle–t-elle ? », vous dites-vous ;).

Tout simplement parce que malgré la fatigue, j’ai été happée par l’image : la minutie des décors, des costumes, des coupes de cheveux : tout nous fait vivre les années 70, avec une réalité saisissante. Les bureaux sont en bois, les téléphones à cadrans tournants, les murs avec des tapisseries laides. Ils fument clop sur clop, plongent le nez dans des archives en papier, téléphone depuis des cabines publiques et correspondent par telex. L’intrigue se pose au rythme des investigations. Celles-ci sont fouillées et tortueuses, tout comme le scénario. Jusqu’au rendu même de l’image qui me remettait dans les films d’espionnage que je regardais très petite. Confirmation du Pr Wicked des Chroniques du canapé intergalactique (j’en connais du beau monde ^^), Hoyte Van Hoytema (à vos souhaits!), le directeur de la photographie a travaillé l’image avec une palette de couleurs automnales pour ce rendu old school. Vous ajoutez à cela un casting impeccable dès le début. Petit choc en découvrant Benedict Cumberbatch (LE Sherlock de la BBC) blond et avec une coupe "playmobile". Sa voix, par contre me fait toujours autant d’effet. Alors même si j’étais paumée, je ne pouvais renoncer comme ça. Et j’ai bien fait.

1973, comme si vous étiez…

Grosse demi-heure de lutte et j’arrive enfin à rentrer dedans. Allez, je vous fais le coup du puzzle qui se met en place. C’est bateau, mais ça décrit tellement bien le sentiment que j’ai eu. Limite fière d’accéder enfin à l’histoire. Et pour autant, tout n’apparaît pas soudain nimbé d’évidence. A aucun moment, le dénouement ne m’a sauté aux yeux. Déjà, je préférais largement me laisser porter par les événements et quand bien même j’aurais voulu faire ma maligne, rien n’est laissé au hasard ou prémâché. Et le petit plus qui montre l’intelligence de Thomas Alfredson, c’est la suggestion de la violence (la plupart du temps). Comme quoi, il est tout à fait possible de faire un film prenant, sans des débauches de sang et de torture à l’écran. Il en va de même pour les actions et les effets : bling-bling addict, passez votre chemin. On est aux antipodes d’un James Bond (vous voyez le lien avec le titre ;)).

Une enquête de terrain à l’ancienne…

Tout ça m’a donné envie de chercher des renseignements autour de John Le Carré, écrivain britannique de Tinker, Tailor, Soldier, Spy (titre anglais de La Taupe, 1974). De son vrai nom David John Moore Cornwell, agent du MI5 et MI6, il mène un temps ces deux activités en parallèle. En 1963, il sort L’espion qui venait du froid, best-seller immédiat, adapté rapidement au cinéma. Bon, il fut contraint de se reconvertir dans le roman d’espionnage, après qu’un agent double britannique, bossant en sous-main pour le KGB, n’ait dévoilé son identité (on se demande d’où lui est venue l’inspiration de La Taupe ??^^). Il s’attelle alors à La trilogie de Karla, avec La Taupe, les Collégiens et Les Gens de Smiley, prochainement sur nos écrans. A noter que La Taupe fut l’objet d’une mini-série dès 1979 pour la BBC, avec Sir Alec Guiness en George Smiley. Tout ça pour dire que nous tenons l’anti-James Bond par excellence. Là où Ian Flemming fantasmait les aventures des agents sur le terrain, John Le Carré est d’un réalisme minutieux.

Colin Firth, royal comme d’hab ^^

Je termine par un casting anglais d’une haute teneur : Gary Oldman (Le 5ème élément, Harry Potter 4 et 5…), Mark Strong (Stardust, Sherlock Holmes de Guy Ritchie), John Hurt (Harry Potter et tant d’autres ;)), Colin Firth (Le discours d’un roi), Benedict Cumberbatch (Sherlock sur la BBC, Warhorse), Tom Hardy (Band of brothers, La chute du Faucon noir, Inception…) Chaque dialogue, chaque silence, chaque regard, chaque geste sont justifiés. Impressionnant ! Thomas Alfredson a su diriger intelligemment de brillants acteurs pour un résultat proche de la perfection!

Gary Oldman, caméléon du cinéma britannique

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Roseline

La Taupe, de Thomas Alfredson, avec Gary Oldman Mark Strong, John Hurt, Colin Firth, Benedict Cumberbatch… Sortie DVD/Blu-ray: le combo le 3 juillet 2012

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5 réponses à La Taupe : l’anti-James Bond

  1. yeles dit :

    Quand j’ai vu la bande annonce de ce film, une petite larmichette de joie a perlé au coin de l’oeil… Un tel casting O_o je ne pouvais décemment pas passer à côté.
    Alors effectivement, on a un peu de mal à rentrer dedans, le rythme est très lent, mais ça colle avec l’époque (73, quelle excellente année, manquerait plus qu’on tombe sur Sam Tyler tiens ^^). Aucune boulette sur le casting, aucune sur la BO (La Mer, mon Dieu, j’adore cette version… si on m’avait dit qu’un jour j’allais kiffer du Julio Iglesias T_T). Alors oui, c’est un film de bureau, de réunions, d’archives… mais c’est diablement efficace.
    Bref, un film que je reverrai avec plaisir, parce que ma brittaddictitude fait que je ne peux pas fermer les yeux sur ce genre d’oeuvre.

  2. pepito_ dit :

    Merci pour ce récap sur les origines du film, du livre et de son auteur, ça explique le pourquoi le monsieur il a eu une idée pareille !
    Le scénario est vraiment bien construit. J’ai adoré toute cette intrigue. Par contre le côté tapisserie moche et clope sur clope m’a moins emballée… On ne peut pas tout aimer !

    • roseline dit :

      Je comprends que tu aimes moins le côté tapisserie moche, mais si on veut être fidèle à l’époque, pas le choix ;)

      • pepito_ dit :

        C’est sûr, ce n’est pas ce que je mettrais dans mon salon, mais c’est surtout qu’au bout d’un moment, ça devient oppressant, toute cette fumée, cette tristesse, ce gris, ce orange délavé… Pfiou, j’ai bien fait de naître un peu après ;-)

Alors, vous en pensez quoi? ;)

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