Exposition Helmut Newton : hommage au mauvais goût !

Suite au succès de cette expo, prolongation jusqu’au 31 juillet 2012!

Titre bizarre, vous ne savez pas quoi en penser. Je lève le voile tout de suite, je suis ressortie très heureuse de cette expo au Grand Palais à Paris. Oui, on peut parler sans souci de mauvais goût puisque que le photographe lui-même revendique le terme. Alors, revenons un peu sur cet homme qui a tant travaillé pour les magazines féminins des années 60 à la fin des années 90.

Helmut Newton (Helmut Neustädter) est né à Berlin en 1920. Premier appareil photo à l’adolescence, il quitte rapidement son Allemagne natale pour l’Australie quand le cours de l’Histoire s’emballe un peu en 1938. Soldat, puis photographe, il rencontre sa femme sur un shooting, June (que l’on connaît aussi sous le pseudo d’Alice Spring). Il a travaillé énormément pour Vogue, mais pas que, nomade de la presse plutôt féminin. Il s’est éteint en 2004, sans jamais avoir voulu poser son appareil. Il est considéré comme le père du porno chic.

Là vous vous dites, houlala, où s’est–elle embarquée ? Alors, on range sa cornette de bigote, et je vous garantis qu’à aucun moment je ne me suis sentie gênée ou obligée de détourner les yeux. Les contrastes des thèmes, les suggestions sont très fortes mais au final, on se surprend à trouver intéressant et esthétique, tout ce qui serait mauvais goût ailleurs et  avec quelqu’un d’autre. Je cite le monsieur, deux préceptes qu’il a soigneusement évités tout au long de sa carrière  : « Il y a deux obscénités en photographie : l’art et le bon goût ». Voilà, il a bien résumé ce qu’il a fait de son métier. Tout au long des salles, des citations éclairent son envie de mettre en scène le mauvais goût, non pas pour choquer gratuitement, mais parce que cela le fascine. Il a l’honnêteté de reconnaître sa part de voyeurisme, cette part que nous portons tous en nous.  Il y trouve une vérité bien plus crédible, dévoilant ainsi les facettes sombres de l’âme humaine, tout en rendant ça accessible et sensé. Ainsi, on découvre qu’il a toujours des chaînes et des menottes dans sa voiture car le sado-masochisme reste pour lui l’expression la plus directe et la plus dépouillée de ce qu’il aime photographier et donc montrer. Mais, rien de hard dans tout ça, la simple nudité féminine est aussi traitée avec des doubles portraits troublants et faisant sourire : même pose, même regard, à ceci près que le tissu a disparu sur les clichés de droite…

Assez admirative de voir ce qui a pu être publié dès les années 60 dans les féminins, où le corps de la femme était largement dévoilé par ce photographe. Une fois sa renommée faite, plus de barrières. Après, il semble bien que l’aura « artiste » l’entourait avec de fréquents changements de contrats, et de pays aussi, car difficile pour lui de s’entendre sur la durée avec les directeurs de publication.

Donc l’exposition s’organise sur plusieurs salles : on commence soft avec du Courrèges et des photos de mode classique. Seule extravagance : beaucoup de modèles Noires : en 1965, ce n’était pas gagné. Puis, on glisse, petit à petit, vers des corps de femmes nues, plus ou moins cachées, et on sent de plus en plus le pouvoir qu’Helmut Newton prend sur ce qui est attendu de lui. Ce n’est plus quelques bravades égratignant légèrement des bonnes mœurs, mais plutôt de l’outrage à souhait magnifié par un détail bien-pensant… Le format aussi est impressionnant. Des portraits grandeur nature et plus encore : cinq nues comme les cinq positions en danse classique recouvrant un pan complet de mur! De la couleur, du noir et blanc. Et pour une fois, je n’ai pas de préférence envers le noir et blanc. Les clichés en couleur dégagent une force égale.

Puis, toute une section « people » s’offre à vous. Point de nudité, mais la tension ne se relâche pas : loin de portraits lisses et sans reliefs. Helmut Newton aime ce qui raye, ce qui casse les clichés, ce qui va dévoiler plus que la bienséance calculée. Au même titre que toutes ces femmes nues fortes et déterminées, avec des regards n’appelant aucune hésitation, nous découvrons des personnes publiques implacables. Je retiens deux portraits en pied d’Yves Saint-Laurent d’une classe incroyable. Le photographe disait : « je photographie les personnes que j’aime et que j’admire, les célébrités aussi, surtout celles qui le sont pour de mauvaises raisons ». A vous de découvrir les portraits qui illustrent cette phrase, qui tape là où ça fait mal…

Pas de concessions, pas de fragilités ou de douceur, rien que du défi et de la force : c’est ce qui me reste de cette exposition envoûtante. Le modèle ne se soumet pas au photographe. Ils travaillent ensemble contre le reste du monde.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Roseline

Exposition Helmut Newton : du 24 mars au 17 juin 2012 (fermé le 1er mai)
10h / 22h tous les jours sauf le mardi. Grand Palais : galerie Sud-est

Petits conseils de survie : prenez des billets coupe-file (en avance sur internet ou autres) et…n’y allez pas le samedi après-midi ;)

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2 réponses à Exposition Helmut Newton : hommage au mauvais goût !

  1. Vincent dit :

    Quoi !? Des artistes faisaient déjà du buzz dans les 60′s ?

    • roseline dit :

      Découvrant l’univers de la photo que depuis quelques mois, je livre juste mes impressions de néophyte et mes pensées qui peuvent paraître très candides. ^^ Bonne journée

Alors, vous en pensez quoi? ;)

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