Hugo Cabret : Scorsese « Dompteur de rêves » comme un de ses maîtres, Georges Méliès…

« Dompteur de rêves » : les paroles de la BO de fin (en français ! Zaz que j’aime moyen mais là ça passe). C’est tellement le sentiment qu’on a, après ces deux heures d’histoire du ciné. Si de nos jours il est banal de regarder un film, revenir sur les pas des pionniers nous rappelle à quel point le début était une découverte magique, poétique, qui s’apparentaient à faire vivre des rêves éveillés aux gens. Et si en plus un grand nom comme Scorsese se penche sur la question, alors là je suis aux anges. Etonnant d’ailleurs, Mr Cinéma mafieux, violent, rude s’aventure dans le film familial de Noël. Nous y reviendrons un peu plus tard…

Paris, les années 30, un jeune orphelin, Hugo Cabret, s’occupe clandestinement des horloges de la gare Montparnasse. Se cachant des autorités, il essaye d’achever la réparation d’un automate, seul héritage de son père, trop vite disparu. Tout à sa quête de rouages et autres engrenages, il croise Mr Georges, vieil homme aigri, vendeur de jouets. Ce dernier est autant intrigué par cet automate, que décidé à dissuader Hugo de poursuivre son projet. Quel est le lien entre cet homme et cette machine ? Et quel message a bien pu laisser Mr Cabret à son fils ?

Le fameux automate et la clé d'Isabelle: tout une aventure...

Un bijou de poésie et d’émotions ! Je dirai même une précision d’horloger dans les cliquetis des scènes, petits bruits familiers et qui sont si proches de ceux d’un ancien projecteur de cinéma. Embarquée dans des décors d’une beauté incomparable, j’ai voyagé avec Hugo à travers rouages, tuyaux de cuivre et autres machineries de cette gare de l’âge d’or du ferroviaire. Ajoutez à ça juste ce qu’il faut de clichés et d’images d’Epinal sur le Paris des années 30. Ce qui est souvent lourdingue chez les américains est d’une justesse sans nom avec Martin Scorsese, attaché à chaque détail de chaque plan, de chaque décor. Oui, il y a l’accordéon, le béret, la baguette, les croissants, la vendeuse des quatre-saisons et sa charrette, le jazz de Django Rheinardt. Mais c’est subtilement fait. J’étais heureuse de plonger dans ce Paris avec sa pointe de fantaisie et de scènes de poursuite un peu loufoques, rappelant que c’est un film d’enfants pour Noël. Le visuel est soigné comme rarement et, sans parler de la 3D, cet aspect-là est déjà en soi une raison suffisante pour payer sa place. Et je ne peux dissocier du visuel la BO, qui oscille entre les standards de l’époque « in French » , des classiques réarrangés comme La danse macabre de Camille Saint-Saëns, et les musiques originales de Howard Shore (The departed et The aviator). Décor, musique, enchaînements et rythmes des scènes : check ! Et tout ceci sert admirablement un des thèmes, la « réparation » : réparer les objets, réparer le gens, se réparer soi-même en affrontant son passé, se donner un avenir en terminant une œuvre inachevée. Je suis touchée et ça cause autant aux adultes qu’aux enfants. Les images employées par Scorsese sont simples et ce thème-là se comprend chez les petits et les grands. J’ai retrouvé ce qui me plaisait dans les films familiaux de mon enfance, surtout au moment de Noël. Ouais, c’est des bons sentiments et alors ? Ca sert à quoi d’être dans la rudesse et le cynisme 24/24 ?

Evidemment, le plus gros morceau de ce film reste l’hommage de Scorsese à l’histoire du cinéma et à sa raison même d’exister au travers de l’histoire de Georges Méliès, une de ses grandes figures des débuts. Alors, je ne suis pas du tout assez calée pour tout vous expliquer. Ce n’est pas compliqué, tout est expliqué là : le canapé intergalactique et le professeur Wicked, un de mes amis, vous y accueillera chaleureusement. Vous repartirez heureux et instruits. Et j’ai d’autant plus savouré ce film après avoir eu toutes ces infos. ;)

Ben Kingsley: un Georges Méliès fort et touchant

Un détour par le casting, car celui-ci est aussi une des forces de ce film. Ben Kingsley (Shutter Island, Prince of Persia) en Georges Méliès est impérial : vieil homme bourru et tellement touchant, Sacha Baron Cohen (Borat) en chef de gare zélé et mauvais parce que malheureux (lui aussi dis-donc : besoin de se confier Mr Scorsese ? ;) ) et bien sûr le jeune Hugo joué par Asa Butterfield (Nanny McPhee, Merlin à la télé), très juste.

Cours, petit chef de gare, Hugo va encore te ridiculiser ;)

Et je crois que ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est de retrouver Chloe Moretz, inoubliable « Hit Girl » de Kick Ass dans le rôle de la jeune Isabelle, amie d’Hugo. Dernier clin d’œil, Frances de La Tour, que je n’avais pas vu depuis Harry Potter et son rôle de directrice géante de Beaux-Bâton, en gérante de café très titi-parisien. L’ensemble des personnages de la gare m’a fait penser à des peintures de Toulouse-Lautrec, même si niveau période, on est un peu (beaucoup) 40 ans plus tard. Que voulez-vous, mon esprit fait les liens qu’il veut ^^.

Il faut quand même que je vous parle de la 3D. Surtout si vous avez lu l’article du professeur Wicked, cela n’a pas pu vous échapper que c’est réussi (pour une fois, j’ai envie de dire). Et bien, le professeur ne vous a pas menti. Première fois (je n’ai pas vu Avatar en 3D, pas tapé) que je vois enfin le potentiel énorme et narratif de cette avancée. Jusqu’à présent, au mieux, c’était joli et un peu impressionnant. Mais là, c’est incontournable, utilisé brillamment, totalement fondu dans le scénario et non un gadget commercial. Ce n’est pas ajouté en plus, ça a été pensé du début à la fin comme le reste de la technique. Bravo Mr Scorsese, beaucoup devrait s’inspirer de vous (ou changer de métier ;) ).

Scène directement reprise de "Monte là-dessus" (1923) avec Harold Lloyd qu'Hugo et Isabelle ont vu ensemble...Les films dans le film: il est fort ce Scorsese!! :D

Je termine par ce qui m’a le plus surpris quand j’ai entendu parler de ce projet : Martin Scorsese aux manettes d’un projet Film-familial-de-Noël. Le bon point c’est que j’aime son boulot depuis pas mal de temps ; mais justement je l’aime pour son côté sombre, violent, réaliste, aux limites de la peur (Shutter Island, notamment). Qu’allait donc-t-il faire dans cette galère, me direz-vous ? Et bien, son job et de manière remarquable. Et point de galère à l’horizon. Partant du livre de Brian Selznick, il livre une histoire qui ne prend pas les enfants pour des cruches et qui passionne les grands avec cet hommage au cinéma de Méliès. Des aventures, de la poésie, des sentiments, de l’intelligence : tout ce qu’il faut pour que chacun y trouve son compte. Et une fois de plus, j’adore qu’on ne prenne pas les enfants pour des truffes à surprotéger en permanence. Il est bon, surtout enfant, d‘être confronté aux duretés de la vie dans les récits (la perte d’un parent, la solitude, la peur de construire son avenir). On développe son humanité en se frottant à ce type d’histoires. Après, je ne conseille pas ce film avant 8/9 ans. La narration est complexe pour des plus jeunes et vous risqueriez de passer votre temps, au mieux à répondre à la curiosité de votre schtroumpf, au pire à sentir son ennui et son désintérêt pendant deux heures. Et quand je dis 8/9 ans, mieux vaut avoir un gamin curieux, fasciné par les inventions et sensible aux histoires touchantes.

Les personnages du film se posent la question de leur utilité dans la vie : j’aime me dire que partager mes trucs à moi trouve un écho quelque part chez vous…

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Roseline

Hugo Cabret, de Martin Scorsese, avec Ben Kingsley, Asa Butterfield, Sacha Baron Cohen, Chloé Moretz…Sortie DVD/Blu-Ray  le 14 avril 2012

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4 réponses à Hugo Cabret : Scorsese « Dompteur de rêves » comme un de ses maîtres, Georges Méliès…

  1. Zak Mckraken dit :

    Le film est effectivement plutôt pas mal, bien qu’un peu cliché :) La 3d est un vrai plus, rien vu d’aussi bien depuis Avatar, elle vient appuyer le propos et donner de la profondeur (de champ) au film !

    Dumoins les répliques peines à convaincre en français, la VO est quand même plus sympa !
    Mais en dehors de ça, de quelques anachronismes sur vie de Méliès et de (petites) longeurs le film est un vrai plaisir.

    Un très belle hommage aux premières heures du Cinéma, mais aussi a l’oeuvre de JP. Jeunet car l’univers du film fait beaucoup penser à Amélie Poulain et La cité des enfants perdus…

  2. Didi dit :

    Roseline,
    C’est marrant moi j’ai tout de suite retrouvé la cité des enfants perdus …

  3. pepito_ dit :

    Je suis sortie enchantée, mais il ne faut pas être trop regardant sur les détails, les anachronismes, les lourdeurs franco-anglaises (je l’ai vu en VO) ou les clichés parisiens :-)
    Du coup, ça casse un peu le mythe du super film de Scorcese de Noël, je trouve…

    A voir, mais sans être trop chipoteur !

Alors, vous en pensez quoi? ;)

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